6 Décembre - Saint Nicolas

6 Décembre – Saint Nicolas

Saint Nicolas, en haute mer Erié, Au port, hélas ! est souvent oublié.
Dicton populaire

La vie du saint évêque de Myre n’est qu’une longue série de miracles et d’actions merveilleuses. C’est dans ces faits extraordinaires, rendus plus merveilleux encore par l’imagination des légendaires, qu’il faut chercher l’origine et les motifs des nombreux patronages que la piété populaire lui a dévolus.

Les enfants et les écoliers, les marins et les incendiés, ceux qui sont frappés d’une sentence injuste, l’ont regardé comme leur patron et leur défenseur. Sa popularité nous est suffisamment démontrée par cette multitude d’images et de statues que l’art chrétien a enfanté dans le cours des siècles.
Qui n’a vu maintes et maintes fois, dans nos églises, le saint évêque ayant à ses côtés trois enfants dans une cuve ? On chercherait vainement dans la vie du saint, un fait qui explique cet attribut. Les uns croient avoir donné la vraie raison lorsqu’ils ont dit que saint Nicolas était le modèle des enfants de son âge, et que, plus tard il fut placé à la tête d’une maison d’éducation ; d’autres pensent que c’est une représentation mal faite des trois officiers condamnés à mort injustement, et que notre saint délivra, ou bien encore la figure de trois filles pauvres qu’il dota ; mais là ne se trouve pas le mot de l’énigme.

Si vous voulez le connaître, demandez-le à l’antique légende des Trois clercs, que nous donnons ici sous une forme populaire, empreinte d’une bonhomie qui n’est plus de notre siècle :

Il était trois petits enfants,
Qui s’en allaient glaner aux champs ; 
S'en vont un soir chez un boucher : 
Boucher, voudrais-tu nous loger ?
— Entrez, entrez, petits enfants,
Il y a de la place assurément.
Ils n’étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués,
Les a coupés en petits morceaux,
Mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas au bout d’sept ans,
Saint Nicolas vint dans ce champ.
Il s’en alla chez le boucher ;
— Boucher, voudrais-tu me loger ?
— Entrez, entrez, saint Nicolas,
Il y a d’la place, il n’en manqu’pas.
Il n’était pas sitôt entré
Qu’il a demandè à souper.
— Voulez-vous un morceau d’jambon ?
— Je n’en veux pas, il n’est pas bon : 
— Voulez-vous un morceau de veau ?
— Je n’en veux pas, il n’est pas beau.
Du p’ tit salé je veux avoir,
Qu’il y à sept ans qu’est dans l’saloir.
Quand le boucher entendit cela,
Hors de la porte il s’enfuya.
— Boucher, boucher, ne t’enfuis pas, 
Repens-toi, Dieu t’pardonnera.
Saint Nicolas posa trois doigts 
Dessus le bord du saloir.
Le premier dit : j’ai bien dormi, 
Le second dit : et moi aussi.
Et le troisième répondit : Je croyais être en paradis.

Au moyen-âge, cette légende était si populaire et si goûtée, qu’on la reproduisait sur les théâtres. Le mystère latin des Trois Clercs est une des plus anciennes pièces de ce genre que nous possédions, et parait remonter au XIe siècle.
Ce petit drame, en latin rimé, ressemble assez au latin des médecins de Molière, et pouvait être pour cette raison parfaitement compris. On le déclamait en chantant, car il est noté en plain-chant syllabique.
Le jour de la fête de leur saint patron, les écoliers jouaient cette pièce dans les cloîtres et même dans les églises.
Au siècle dernier, il était encore en usage à Reims que les maîtres d’école fissent habiller un de leurs élèves en évêque chapé et mîtré qu’on menait ensuite à l’Eglise. À Troyes, les enfants de chœur étaient tenus, en vertu d’une fondation, de venir chanter un motet sur les actions merveilleuses de saint Nicolas, dans la salle du chapitre, en présence des chanoines assemblés. Aujourd’hui, le congé de la Saint-Nicolas est le seul privilége que les écoliers aient conservé.

Dans certaines contrées du nord, notamment en Lorraine, où le patronage de saint Nicolas est si populaire, on fait accroire aux petits enfants que chaque année, dans la nuit du 5 au 6 décembre, leur saint patron se promène sur le toit des maisons chargé de toutes sortes de bonnes et belles choses, qu’il distribue aux enfants bien sages, en passant par le tuyau de la cheminée. Pour, ceux qui ont mérité une correction, il joint aux friandises et aux jouets une longue verge qu’il n’est pas permis de brûler, mais qui doit rester pendue à la cheminée pendant l’année entière.

En Flandre et en Artois, saint Nicolas vient également dans la nuit du 5 au 6 décembre, par le tuyau de la cheminée, mais monté sur un âne portant deux énormes paniers remplis de bonbons, gâteaux, jouets, fruits et friandises de toute espèce. Parmi les objets apportés par le saint aux petits enfants se trouve toujours un Saint Nicolas à baudet.

Lorsque, pendant le cours de l’année, les petits enfants sont trop pétulants, on les menace qu’au lieu de bonbons et de joujoux saint Nicolas leur apportera une verge trempée dans le vinaigre : cette menace produit un effet magique.

La veille de la Saint-Nicolas, au soir, tous les enfants portent leurs chaussures, des paniers, des vases de toute espèce au pied des cheminées, et consentent à aller se coucher de bonne heure pour que le saint les trouve bien sages au lit et soit généreux à leur égard.
Afin de se rendre leur bon patron plus favorable, ils chantent ce petit couplet avant de s’endormir :

Saint Nicolas, patron des écoliers, 
Apportez du bonbon dans mes souliers ; 
Je s’rai sage comme un petit mouton, 
J'irai à l’école apprendre ma leçon.

Il faut voir le lendemain, de grand matin.
ces chers petits enfants se précipiter vers la cheminée, et accourir chargés de leur précieux butin, vers leur mère en criant : « Vois, maman, tout ce que saint Nicolas m’a apporté ! »
Heureux enfants !.…
Saint Nicolas est encore le patron des filles qui se destinent à l’état du mariage. En Normandie on dit communément :

Patron des filles, saint Nicolas, 
Mariez-nous, ne tardez pas.

La vie de notre saint raconte en effet qu’il dota secrètement trois filles pauvres qui allaient se prostituer pour se procurer une existence. Les peintres font allusion à cet acte de charité du saint évêque, en mettant dans sa main trois lingots d’or.

Dans un voyage que le saint entreprit pour visiter les Saints Lieux, il s’éleva, pendant qu’il était sur mer, une horrible tempête.
Tous les passagers se croyaient infailliblement perdus, mais le saint pria pour eux et rendit le calme à la mer. Ce fut aussi dans cette occasion qu’il rendit la vie à un matelot qui était tombé du haut du grand mât sur le pont du navire. Plusieurs autres faits non moins frappants de la protection de saint Nicolas sur ceux qui sont exposés aux périls de la mer, ont rendu son nom cher aux matelots ; mais, comme le dit le proverbe :

Saint Nicolas, en haute mer prié, 
Au port, hélas ! est souvent oublié.

De retour dans sa patrie, où il s’était acquis par ses vertus une réputation de sainteté éminente, il fut acclamé par les habitants de la ville de Myre comme successeur de leur évêque, qui venait de mourir. Or, on raconte qu’après la cérémonie du sacre, une femme présenta au nouvel évêque son enfant qui était tombé dans le feu et qui était mort. Le saint fit sur lui le signe de la croix et le ressuscita en présence de toute l’assemblée. Il montra encore dans d’autres circonstances sa puissance sur les flammes. De là est venue la pensée d’invoquer saint Nicolas dans les incendies. L’Eglise veut que nous lui demandions avant tout d’être délivrés des flammes éternelles.
« Seigneur, qui avez décoré votre bienheureux pontife Nicolas du don des miracles, » nous vous supplions de nous accorder par ses mérites d’être délivrés des flammes de l’enfer. »

Saint Nicolas
Saint Nicolas

Un autre trait encore bien remarquable de la vie du saint évêque, et qui lui a valu les prières des innocents condamnés, c’’est la délivrance de trois officiers des armées de Constantin, accusés faussement d’avoir suscité une révolte en Phrygie. L’empereur vit en songe le vénérable évêque qui lui ordonna au nom de Dieu la mise en liberté des trois innocents.

Enfin, il en est qui invoquent saint Nicolas pour retrouver ce qui leur a été dérobé. Plusieurs faits, diversement racontés par les légendaires, ont donné naissance à cette dévotion. Aussi bien, les auteurs dramatiques du moyen âge s’en sont emparés. les ont embellis et en ont fait le sujet de plusieurs jeux ou mystères. Les plus renommés étaient Le Juif volé, le Jeu de Saint-Nicolas. Cette dernière pièce est précédée d’un prologue où l’orateur s’exprime ainsi :

« Ecoutez, écoutez, seigneurs et dames, et que Dieu soit garant de vos cœurs ! Ne faites pas fi de votre bien. Nous voulons parler aujourd’hui de saint Nicolas, le confesseur, qui a fait tant de beaux miracles. Des témoins véridiques ont raconté, et on lit dans sa vie, qu'autrefois un roi païen étant limitrophe d’un pays chrétien, il y avait toujours guerre entre les deux royaumes. Un jour le païen fit chez les chrétiens une excursion où ils n’étaient pas gardés. Ceux-ci trompés, surpris, eurent beaucoup de morts et de prisonniers.
Les païens les taillèrent aisément en pièces jusqu'à ce qu’ils eussent vu dans une petite maison un bonhomme d'âge qui priait devant une statue du baron Saint Nicolas. L’'homme est pris, maltraité, mené au roi. « Vilain, dit le roi, est-ce que tu as foi dans ce bois ? Mais, sire, c'est l'image de saint Nicolas que j'aime beaucoup, et si je le prie et l’invoque, c’est que nul homme, l'ayant appelé de tout son cœur, n’a jamais rien égaré ni jamais été volé. — Vilain, je te ferai larder, s'il ne multiplie et ne garde mon trésor.… » Le roi fit lui-même tenir à l’écart le prud’homme et mit la statue du saint dans son trésor. Mais une nuit, trois voleurs ayant enlevé les coffres, malgré l'image de saint Nicolas, le roi se hâta de s’'en prendre au bonhomme et d’ordonner sa mort. Ce fut avec bien de la peine que le vieillard put obtenir un sursis d’un jour, qu’il employa tout entier à prier saint Nicolas.

» Le saint écouta ses plaintes, et apparaissant aux larrons endormis, obtint d’eux la réintégration complète de tous les biens ravis.

» Seigneurs, nous trouvons ces choses dans la vie du saint dont la fête tombe demain ; ne vous étonnez de rien de ce que vous allez voir, car toute l’action est la très fidèle et très exacte représentation du miracle tel que, je vous l’ai raconté. C’est le miracle seul de saint Nicolas dont ce jeu est composé. Maintenant, faites-nous silence et vous l’entendrez. »

Après un pareil prologue, on peut juger de l’intérêt que la pièce pouvait offrir aux spectateurs. Aussi bien, je ne me hasarderai pas à la transcrire ici. Toutefois, un point que l’orateur n’’a pas pris soin de faire connaître, c’est que le roi païen, témoin du miracle, se convertit avec ses principaux chevaliers, à la honte et au désespoir de son dieu Tervagan ; car l’idole en cet endroit faisait une grimace horrible, qui laissait les spectateurs dans une grande hilarité.

Tels sont les principaux traits de la vie du bienheureux Nicolas, que les artistes du moyen-âge ont si souvent reproduits dans les sculptures et les vitraux de nos églises. Il n’est pas de figure religieuse si universellement populaire.

Les Russes eux-mêmes ont une confiance outrée et superstitieuse en saint Nicolas. Ils croient que ce saint vint d’Italie au port d’Archangel sur une meule de moulin, et ceux qui fréquentent ces parages de la mer glaciale se croiraient en grand danger de perdre la vie, s’ils s’avisaient d’admettre le moindre doute sur ce merveilleux voyage. Saint Nicolas est le dieu des Russes ; cela est si vrai que dans le peuple toute image de Jésus-Christ, de la Vierge et des saints est appelée du nom générique de Saint Nicolas. La première question qu’on adresse aux habitants d’une maison lorsqu’on y entre est celle-ci : « Où est le dieu ? » et l’on montre au visiteur l’image de saint Nicolas ; celui-ci se prosterne et dit : « Dieu, ayez pitié de moi. »

Après la ville de Myre, le lieu gui a reçu le plus de grâces par l’intercession du saint évêque est la ville de Bari, au royaume de Naples, où son corps fut apporté par des marchands de ce pays en l’année 1087.

En France, Saint-Nicolas-du-Port, près de Nancy, où l’on vénère ses reliques, est depuis bien des siècles un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Qui pourrait dire maintenant le nombre d’églises et de chapelles, de villes et de hameaux qui furent consacrés et placés sous le patronage du glorieux thaumaturge ? Combien plus grand encore le nombre des personnes pour lesquelles son nom est devenu le nom patronymique. Aussi, la dévotion à saint Nicolas semble avoir surpassé celle des autres amis de Dieu. Saint Pierre Damien disait qu’après l’invocation de la Sainte Vierge, celle de saint Nicolas semble être accompagnée d’une douceur et d’une efficacité toute particulière, tant elle est fréquente en toutes sortes de périls et d’afflictions de corps et d’esprit.

Abbé V. G. Berthoumieu (1873)

Eduque l’enfant d’après la voie qu’il doit suivre!
Même quand il sera vieux, il ne s’en écartera pas.
Proverbes 22:6
Panier
error: Tu ne voleras point et tu respecteras le travail de ton prochain.
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