Alors s’élèvera Michel, ce grand prince qui est le protecteur des enfants de votre peuple.
DANIEL, XII.

La terre n’existait pas encore, mais le Ciel était peuplé d’une multitude innombrable d’esprits bienheureux qui faisaient retentir les voûtes célestes de leurs cantiques de louanges, quand tout-à-coup une voix discordante vint troubler ce concert harmonieux.
C’était celle de Lucifer, le plus beau des anges, qui disait : «J’élèverai mon vol vers les Cieux, je placerai mon trône sur les astres de Dieu, je m’environnerai de la majesté des nuées, et je serai semblable au Très-Haut.» (Isaïe, G. XIV)

Et il y eut une grande bataille dans le Ciel ; Michel combattait avec ses anges, contre le dragon, qui fut précipité avec toute sa suite dans le gouffre infernal.
L’archange saint Michel, qui fut dans le Ciel défenseur de la justice et vengeur du crime, le fut encore parmi les hommes ; ainsi les Sainte-Écritures nous apprend qu’il était le protecteur du peuple d’Israël : c’est lui encore qui doit venir à la fin des temps combattre de nouveau le dragon infernal et fermer sur lui le puits de l’abîme (Apocalypse, C. XII).

C’est donc à juste titre que les royaumes chrétiens se sont placés sous sa protection.

Il fut pendant les siècles du Moyen Âge et bien avant saint Georges, le miroir de la chevalerie.

On sait que cette dignité, qui donnait le premier rang dans l’ordre militaire, se conférait par une espèce d’investiture accompagnée de certaines cérémonies. Des jeûnes austères, des nuits passées en prière avec un prêtre et des parrains, les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie reçus avec dévotion, des bains, des vêtements blancs, qui figuraient la pureté nécessaire dans l’état de chevalerie, étaient les préliminaires de la création d’un chevalier.

La cérémonie se passait dans une église ou dans une chapelle, et souvent aussi dans la cour d’un palais ou d’un château, et même en pleine campagne. Le novice ainsi préparé, s’avançait vers l’autel avec une épée passée en écharpe à son cou ; il la remettait au prêtre, qui la lui rendait après l’avoir bénite, et allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds de celui qui devait l’armer chevalier. Le seigneur à qui le novice présentait l’épée lui demandait dans quel but il désirait entrer dans l’ordre, et si ses vœux ne tendaient qu’au maintien et à l’honneur de la religion et de la chevalerie. Le novice faisait les réponses convenables, et prêtait serment. Il était alors revêtu par un ou plusieurs chevaliers, quelquefois par dames ou demoiselles de toutes les marques extérieures de la chevalerie. On lui donnait successivement les éperons, le haubert ou la cotte de mailles, la cuirasse, les brassards et les gantelets, puis on lui ceignait l’épée. En ce moment le seigneur qui conférait l’ordre se levait de son siège et lui donnait l’accolade, c’est-à-dire, trois coups du plat de son épée nue sur l’épaule, en même temps qu’il prononçait ces paroles : Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je te fais chevalier ; sois preux, hardi et loyal.

Il ne manquait plus au nouveau chevalier que le heaume ou casque, l’écu ou bouclier, et la lance, qu’on lui donnait aussitôt ; il sortait ensuite pour monter à cheval, et comme pour faire parade de sa nouvelle dignité devant tout le peuple qui l’acclamait, il caracolait quelques instants, faisant brandir sa lance et flamboyer son épée.

Ces cérémonies, rapportées sommairement, suffisent pour montrer quelle idée on attachait à l’institution d’un chevalier. Aussi certains panégyristes de la chevalerie n’ont pas craint de mettre cet ordre, qui devait continuer sur la terre l’œuvre de saint Michel, en parallèle avec la prêtrise et l’épiscopat lui-même.

Le bienheureux archange a apparu plusieurs fois aux hommes. Ses deux plus célèbres apparitions sont celles du mont Gargan, en Italie, et celle du môle Adrien, à Rome ; mais il en est une troisième qui eut lieu sur le sol de notre patrie et qui mérite une mention plus spéciale. Non loin du port de Saint-Malo, au fond d’une baie que la mer n’a envahie que depuis quelques siècles, le voyageur peut voir de loin un immense rocher, bloc énorme de granit, coupé à pic de presque tous les côtés, et qui n’a pas plus d’un quart de lieue de circonférence à sa base. Il s’élève solitaire comme une tour isolée an milieu d’une plage blanche et unie que l’Océan recouvre à chaque marée. C’est sur ce rocher, destiné par sa nature à être le refuge des oiseaux de proie, que saint Michel voulut qu’on lui élevât un temple. À cet effet, il apparut à l’évêque Aubert, qui occupait le siège d’Avranches vers l’an 709. Après une première apparition, le saint homme, craignant d’être le jouet d’une illusion, refusa d’exécuter les ordres qui lui furent donnés ; il fallut, pour vaincre sa résistance, que l’archange apparût une seconde et une troisième fois, en imprimant sur son front un signe irrécusable. L’église fut donc bâtie sur ce rocher, qui s’appela dès lors le Mont-Saint-Michel. Une statue colossale de l’archange avec ses ailes déployées et son épée flamboyante dominait le faite de l’édifice, et de bien loin, les vaisseaux qui passaient dans ces parages saluaient Saint-Michel-du-Péril-de-la-Mer.

C’était un usage généralement répandu au moyen-âge d’élever des oratoires à saint Michel sur les hauteurs, au sommet des tours et sur les voûtes des cathédrales ; nous ne ferons que citer le mont Atre, à Auxerre, le mont Saint-Michel, au Puy ; les autels dans les tours des églises de Saint-Gall, de Saint Germain-des-Près, de Brioude, de Vézelay, Saint-Quentin et Nevers. À Louvain, il y avait une chapelle bâtie au-dessus de la porte de la ville, appelée le Michaëlium. A Bruxelles, la magnifique flèche de l’Hôtel-de-Ville est surmontée de la statue colossale de saint-Michel terrassant le démon (Cette statue, en cuivre doré, est une œuvre d’art remarquable et du plus bel effet. Elle vient d’être nouvellement restaurée. — Saint Michel est le patron de la ville de Bruxelles. L’église principale est dédiée à Saint Michel et à Sainte Gudule).

Ce culte aérien, comme l’appelle l’abbé Grosnier, était en harmonie avec les fonctions du glorieux archange. Lui-même, en désignant les lieux élevés pour qu’on lui érigeât des autels, a voulu nous montrer qu’il était notre médiateur auprès de Dieu, et qu’il avait la mission spéciale de veiller sur les hommes pour en écarter les embûches de l’antique serpent.

Saint Michel terrassant le dragon dit le Grand Saint Michel – 1518 – Raphaël
Saint Michel terrassant le dragon dit le Grand Saint Michel – 1518 – Raphaël

C’est la pensée exprimée dans une ancienne description de l’église de Saint-Michel, au Puy :


Un roc pyramidal, au beau milieu d’un pré,
D’un bel émail de fleurs, au printemps diapré,
De son faiste pointu va menaçant les nues ;
Saint Michel y préside, on le conçoit ainsi,
Pour avoir toujours l’œil dessus les advenues
Et divertir le mal s’il s’approche d’icy

Bernard, chanoine du Puy, 1619

Pour en revenir à l’histoire du Mont-Saint-Michel, il est à remarquer que les Anglais n’ont jamais pu s’en emparer. Le dernier assaut qu’ils livrèrent en 1423, fut pour eux une défaite sanglante. En reconnaissance de cette victoire inattendue qu’on attribua à la protection de saint Michel, le roi Charles VII promît de créer un ordre de chevalerie sous le patronage de ce céleste guerrier. Ce fut Louis XI qui réalisa cette promesse.

Devant les seigneurs du royaume convoqués au château d’Amboise, le 1er août 1469, il déclara qu’il voulait mettre la France sous la protection de saint Michel, «parce que, dit-il, il fut le premier chevalier qui, pour la querelle de Dieu, victorieusement batailla contre le dragon, l’ancien ennemi de la nature humaine, et le trébucha du Ciel, et qui, son lieu et oratoire appelé Mont-Saint-Michel, a toujours sûrement gardé, préservé, défendu et empêché d’être pris, subjugué ni mis ès-mains des anciens ennemis de notre royaume.»

L’ordre de saint Michel était regardé en France comme le premier des ordres militaires. Les chevaliers devaient tous être gentilshommes ; ils faisaient le serment de soutenir de tout leur pouvoir les droits de la couronne et de ne s’allier à aucun ordre étranger.

La protection de l’archange saint Michel ne se borne pas au temps de notre passage sur la terre, elle s’étend encore jusqu’au tribunal de Dieu.

Il est certain, en effet, que l’Église lui attribue la fonction de recevoir les âmes qui sortent de ce monde. Cela résulte des paroles de l’Offertoire pour la messe des morts ; on y demande à Dieu « que le porte-enseigne Signifer sanctis Michaël, nous introduise dans la lumière qui fut promise à Abraham et à toute sa postérité. »

C’est lui encore qui fera le pèsement des âmes dans la balance de la justice divine.

L’art chrétien, au Moyen Âge, dans ses scènes fréquentes du jugement dernier, aimait à représenter l’archange tenant d’une main la balance, tandis que le démon appuie fortement sur un des bassins, pour la faire pencher de son côté (Une scène de ce genre est sculptée sur le tympan d’une des portes latérales de Notre-Dame-de-Paris).

Cette balance symbolique a fait donner cet illustre archange pour patron aux merciers et aux épiciers ; cet instrument est un signe de leur profession et leur rappelle l’idée de justice et de probité qu’ils doivent mettre sans cesse en pratique.

L’archange fut encore honoré par les pâtissiers-oublieurs. « Ne pourrait-on pas supposer, dit M. Arthur Forgeais, que les gaufres et les oublies qui affectent la forme des hosties destinées à la célébration de la messe, ont conduit à l’idée du Panis Angelorum, dont parle l’Église au sujet de l’Eucharistie ? Arrivé là, il ne fallait plus guère d’efforts pour rencontrer sur sa route le prince de la milice céleste.»

La célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel, qui est depuis bien des siècles un pèlerinage très fréquenté, est aujourd’hui le siège d’une confrérie en l’honneur du saint archange. Le but de cette association, déjà bien connue, est d’obtenir :

  1. une protection spéciale sur l’Église, sur le Souverain-Pontife et sur la France
  2. la préservation d’une mort subite et imprévue, et surtout la grâce d’une bonne mort
  3. la délivrance des âmes du Purgatoire

Nous avons dit sur quoi sont fondées ces glorieuses attributions que l’Église reconnaît à saint Michel.

L’Abbé V. G. Berthoumieu – 1873

Dieu est pour nous un refuge et un appui,
un secours toujours présent dans la détresse.
Psaume 46:2

Panier

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